Quand Marvel a annoncé Thunderbolts, les réactions furent mitigées. Rassembler une équipe d’anti-héros, certains à peine connus, d’autres issus de projets cinématographiques inégaux, semblait un pari risqué. Pourtant, le résultat dépasse les attentes. Thunderbolts n’est pas seulement un film de super-héros de plus : c’est une exploration crue de la solitude, des traumatismes et de la rédemption, portée par une dynamique de groupe aussi inattendue qu’efficace.
Une équipe de brisés, unis par la nécessité
Les Thunderbolts ne sont pas des héros. Ce sont des soldats cassés, des criminels repentis, des idéaux déchus. Yelena Belova, interprétée avec une intensité rare par Florence Pugh, incarne cette dualité : ancienne tueuse de la Chambre Rouge, elle porte en elle les stigmates d’un conditionnement brutal. Les flashbacks du film rappellent cette enfance volée, transformée en arme par un système impitoyable. Autour d’elle, des personnages tout aussi tourmentés : Walker, l’U.S. Agent obsédé par une gloire qu’il n’a jamais vraiment méritée ; Red Guardian, le « Captain America soviétique », figure tragique oscillant entre nostalgie et ridicule ; ou encore Ghost, dont la vulnérabilité transparaît derrière ses pouvoirs.
Ce qui frappe, c’est la manière dont ces individus, qui n’ont aucune raison de s’entendre, finissent par former une équipe. Pas par idéalisme, comme les Avengers, mais par nécessité. Le film joue habilement avec cette tension : chaque membre des Thunderbolts a quelque chose à prouver, non pas au monde, mais à lui-même. Et c’est Yelena, malgré elle, qui devient le ciment de ce groupe. Son leadership n’est pas imposé, il émerge naturellement, comme une conséquence de sa propre résilience. Florence Pugh, une fois de plus, excelle dans ce rôle, mêlant sarcasme, vulnérabilité et une détermination qui force l’admiration.
Des thèmes universels, traités avec justesse
Thunderbolts aborde des sujets rarement explorés avec autant de profondeur dans un film de super-héros. La solitude, d’abord, est omniprésente. Chaque personnage est un îlot, isolé par ses erreurs ou ses traumatismes. Le film utilise des plans serrés et des silences éloquents pour souligner cette solitude, notamment dans les scènes où les personnages se retrouvent face à leur propre reflet, littéralement ou métaphoriquement.
Les traumatismes d’enfance, ensuite, sont au cœur du récit. Que ce soit Yelena et son passage dans la Chambre Rouge, Walker et son besoin désespéré de reconnaissance, ou Red Guardian et son éducation soviétique, le film montre comment ces blessures façonnent leurs actions d’adultes. Ces thèmes sont traités sans mièvrerie, avec une honnêteté qui rend les personnages profondément humains.
Enfin, la question de la famille est centrale. Les Thunderbolts ne sont pas liés par le sang, mais par un choix : celui de se battre ensemble, malgré tout. Le film interroge ainsi la notion de famille choisie, une famille dysfonctionnelle mais solide, où chacun comble les failles de l’autre.
Une rédemption inattendue
L’un des grands mérites de Thunderbolts est de rendre attachants des personnages que l’on aurait pu détester. Walker, par exemple, passe de l’antagoniste caricatural à un homme brisé par ses propres contradictions. Red Guardian, souvent joué pour son côté comique, gagne en profondeur, révélant une tragédie derrière son apparente incompétence. Même Ghost, personnage secondaire dans d’autres œuvres, trouve ici une résonance particulière.
Les scènes d’action, quant à elles, sont à la hauteur de l’enjeu. Centry, le nouveau venu, est un atout majeur : son pouvoir démesuré et son mystère ouvrent des perspectives intrigantes pour la suite. Le film évite l’écueil du spectacle gratuit en ancrant chaque combat dans une émotion ou un enjeu narratif.
Un film sous-coté, mais pas sous-estimé
Pourtant, Thunderbolts a été un échec relatif au box-office, souvent comparé défavorablement à ses prédécesseurs. C’est injuste. Le film prend des risques là où d’autres se contentent de répéter des formules éprouvées. Il ose explorer la psyché de ses personnages, là où d’autres se cantonnent à l’action. Il propose une vision adulte et complexe des super-héros, loin des clichés manichéens.
Alors, que réserve l’avenir pour cette équipe ? Comment les Thunderbolts vont-ils cohabiter avec les Avengers ? Une chose est sûre : ce film mérite une seconde chance. Parce qu’il ne se contente pas de divertir. Il fait réfléchir, il émeut, et il prouve que Marvel peut encore surprendre, quand il ose sortir des sentiers battus.
Deux scènes qui m’ont marqué dans Thunderbolts
Il y a des moments dans Thunderbolts qui transcendent le simple divertissement pour s’ancrer dans la mémoire du spectateur. Parmi eux, la scène où la petite fille disparaît soudainement devant Red Guardian reste l’un des plus glaçants. Sans crier gare, le film bascule du ton humoristique et décalé du personnage à une tension presque horrifique. Ce moment de pure surprise, aussi bref qu’inattendu, m’a littéralement fait sursauter dans mon fauteuil. C’est ce genre de détails qui prouve que Thunderbolts ne se contente pas de suivre les codes du genre : il les défie, jouant avec les attentes du public pour mieux les subvertir.
À l’inverse, la mort expéditive de Taskmaster m’a laissé un goût d’inachevé. Après son rôle marquant dans Black Widow, où il incarnait une menace à la fois mystérieuse et redoutable, le voir disparaître en quelques secondes dans Thunderbolts est presque frustrant. On aurait pu imaginer un duel plus élaboré, une confrontation qui rende hommage à son potentiel. Pourtant, ce choix narratif rappelle une réalité cruelle du MCU : dans un monde de super-héros, même les personnages les plus prometteurs peuvent être balayés en un clin d’œil. Un parti pris audacieux, mais dommage pour les fans qui espéraient en voir plus.
Ces deux scènes, à leur manière, résument l’esprit de Thunderbolts : un mélange d’audace et d’imperfections, qui rend le film aussi fascinant qu’inégal.
Bucky, le bonus qui fait toute la différence
Dans Thunderbolts, Bucky Barnes est un peu comme ce personnage inattendu qui arrive sans qu’on l’ait vraiment demandé, mais qui finit par tout équilibrer. Je n’en ai pas beaucoup parlé dans mon article, car sa présence est presque discrète, comme une évidence. Pourtant, c’est un vrai bonus. Voir Bucky, ce soldat brisé par des décennies de manipulation et de culpabilité, rejoindre une équipe d’anti-héros aussi marginaux que lui, c’est une forme de justice narrative.
Il n’est pas là pour jouer les héros ou les mentors. Il est là parce qu’il comprend, mieux que quiconque, ce que signifie être un monstre en quête de rédemption. Son interaction avec les autres membres, notamment avec Yelena ou Walker, ajoute une couche de profondeur au film. Bucky ne juge pas, il agit. Et c’est précisément ce qui rend sa présence si précieuse : il incarne cette idée que, parfois, les personnes les plus abîmées sont celles qui peuvent le mieux aider les autres à se reconstruire.
Un détail qui, pour moi, confirme que Thunderbolts a compris l’essence même de ces personnages : ils ne sont pas parfaits, mais ils sont enfin à leur place.





